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Auteur : Lucas D.

« On ne peut pas ne pas communiquer » c'est ainsi que Paul Watzlawick considère la communication ; tout est communication, même le silence, comme le témoignent les expressions telles qu'« un silence lourd de sens » ou « un silence assourdissant ». Le psychologue Watzlawick (1921-2007) est un des membres fondateurs de l'école de Palo Alto située aux USA en Californie dont nous parlons aujourd'hui. Nous allons aller à la rencontre des apports de l'approche systémique dans la recherche de la communication, à l'usage psycho-thérapeutique . Il s'agira du dernier apport à l'égard de cette quête de définition de la communication bienveillante.


L'école de Palo Alto fut fondée en 1959 au sein du Mental Research Institut, sous l'impulsion de l’anthropologue Gregory Bateson. On y retrouve des personnalités importantes des courants psychothérapeutiques comme Jay Haley, Donald Jackson, Virginia Satir ou encore Paul Watzlawick, avec une présence forte de Milton Erickson, fondateur d'une approche hypnotique éponyme à visée thérapeutique. Les travaux qui y furent menés se centrent sur une approche dite systémique ; il s'agit de considérer l'individu dans sa globalité et non pris isolément des groupes d’appartenance dans lesquels il s'inscrit (familial, amical, professionnel, social, ….). C'est au travers, notamment, de l'étude de la communication que l'individu vit et pratique dans ces systèmes qu'il est possible de trouver des leviers thérapeutiques.

Il est possible d'en extraire un certain nombre de principes en dehors de la démarche psychothérapeutique, à usage d'une communication dite bienveillante :

Le principe du langage digital et analogique

Le langage digital est celui qui est verbalement prononcé, à l'image de la structure de surface proposé par Chomsky. Tandis que le langage analogique est celui signifié par le non-verbal : la posture, la proxémie (distance entre les personnes ; les distances sociales sont variables selon que je m'adresse à un proche, un inconnu, un collègue de travail…), les gestes, les silences…  Par exemple la phrase « Je te déteste » ne renvoie pas la même signification selon que je l'énonce avec un sourire, un soupir ou une impulsivité.  

Le principe d'équifinalité

Il existe plusieurs chemins pour parvenir à un même but ; de ce fait c'est la finalité qui est à retenir plus que les chemins. C'est sur ce principe que repose une des citations de Paul Watzlawick : « Toujours plus de la même chose donne toujours plus du même résultat ». C'est une invitation à prendre une position méta dans la communication, c'est-à-dire à faire un pas de côté à l'égard d'une communication et de son intention. Par exemple, lorsque je souhaite organiser une rencontre avec quelqu'un et que cette personne me signifie une première fois qu'elle est malade et donc non disponible, puis une seconde fois qu'elle n'a pas de disponibilité,  puis une troisième qu'elle a un impératif ; je peux arguer que son intention est de ne pas réaliser cette rencontre puisqu'elle l'évite à de multiples reprises. Si je persiste à trouver une date, je fais donc plus de la même chose. Il serait alors plus pertinent de l'interroger sur son souhait à l'égard de cette rencontre plutôt que de s'obstiner à ce qu'elle ait lieu. 

Le principe d’homéostasie 

Tout système vivant tend à maintenir son état d'équilibre. Lorsqu'un système traverse une crise, par exemple dans un couple, l'un et l'autre des partenaires vont mettre en place des stratégies qui visent à rétablir un état d'équilibre au système conjugal et également au système personnel : communication sur les règles du couples, redéfinition de la sexualité du couple, jeux de séduction, relation extra-conjugale, séparation du couple…   

Le principe de totalité

Ce principe affirme que « le tout est supérieur à la somme des parties ». Ce qui signifie qu'on ne peut comprendre une situation isolément de son contexte. Appliqué à la communication, on cherchera à connaitre le contexte d'énonciation. Un exemple : un discours politique est d'autant plus compréhensible que l'auditeur est au fait des actualités. 

Le principe de réciprocité

Toute personne fait partie du système dans lequel elle est nécessairement incluse, la notion d'objectivité est de fait une illusion dans le cadre d'une communication, puisque j'ai une influence sur mon interlocuteur et que celui-ci a une influence sur moi. Par exemple, dans le cadre d'une amitié, échanger autour des valeurs de chacun va nécessairement faire évoluer les points de vue de l'un et de l'autre. Implicitement cela renvoie au fait que j'aborde l'Autre avec mon modèle du monde et lui me reçoit avec le sien.  

A l'égard d'une posture de communication bienveillante, les principes qui se dégagent de l'école de Palo Alto ont une portée importante. Elles appuient des éléments déjà mentionnés dans des articles précédents avec des colorations différentes, des lectures différentes. Le langage digital et analogique font de la communication bienveillante une posture nécessairement congruente (voir Rogers), l'homéostasie ouvre la possibilité d'ajustement des modèles du monde, en déjouant le piège du contenu de l'échange au profit de son but, le principe de totalité demande d'être attentif au contexte d'énonciation. Enfin le principe de réciprocité demande à adopter une juste place dans la rencontre de mon modèle du monde et celui de l'Autre. 

Les apports de l'école de Palo Alto présentés ici sont, comme pour chacun des articles, des fragments de la portée plus vaste des apports de chacun de ces auteurs. L'objectif d'Obe et de ces articles étant de vous permettre d'avoir une première approche que vous êtes libres d'aller étoffer ou non par la suite. 

La semaine prochaine, l'article visera à résumer ces différents articles pour esquisser ce qu'est la communication bienveillante.  


Source·s :

www.institut-repere.com - Accès à l'article source
www.seuil.com - Accès à l'article source
www.seuil.com - Accès à l'article source


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Rédacteur
Lucas DOLLINGER