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Notion d'inférence et maximes de Paul Grice (1979)

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La semaine dernière, l'article se proposait d'introduire les travaux du philosophe du langage Paul Grice. Celui-ci s'appuie sur les travaux de Noam Chomsky et sa théorie de la grammaire générative (1970) (voir articles précédents). La perspective de cette série d'articles est de permettre au lecteur de mieux saisir les enjeux d'une communication, notamment verbale, dans un souci d’efficience et de bienveillance à l'égard de son interlocuteur.


L'article précédent prenait fin sur les maximes conversationnelles proposées par Grice :

Maximes de quantité :

  • Que votre contribution soit aussi informative que nécessaire
  • Que votre contribution ne soit pas plus informative que nécessaire

Maximes de qualité :

  • Ne dites pas ce que vous croyez être faux
  • Ne dites pas ce que vous n'avez pas de raison suffisante de considérer comme vrai

Maxime de relation :

  • Soyez pertinent
  • Évitez de vous exprimer de manière obscure
  • Évitez l’ambiguïté

Maxime de manière :

  • Soyez bref
  • Soyez ordonné

De manière générale, un énoncé est souvent porteur de plusieurs interprétations, ce que Grice nomme « intention de sens ». L'inférence apparaît alors comme l'intention de sens la plus probable et se calcule selon des éléments contextuels à l'échange verbal et sur l'énoncé. Si je me place comme locuteur, le respect des maximes conversationnelles ont pour rôle de permettre à mon interlocuteur d'avoir le moins d’ambiguïté possible dans mon intention de sens, autrement dit d'obtenir l'inférence la plus probable. A contrario, le malentendu, le quiproquo relèveraient du non respect d'une ou plusieurs de ces maximes.


Reprenons ces maximes, et étudions leurs implicites :

  • Les maximes de quantité : elles invitent à mettre en conscience le nombre d'informations données dans un énoncé. Si je prends l'exemple d'un message de sécurité dans une gare, l'information indique que la voie est potentiellement dangereuse et demande « éloignez-vous du bord du quai ». La provenance du train, le numéro, son horaire ou sa destination dans ce même message, réduiraient l'intention initiale de sécurité du message.
  • Les maximes de qualité : elles évoquent une notion de vérité. Celle-ci est à comprendre dans ce que mon énoncé transmet de mes représentations, de mes opinions, de mon modèle du monde. Par exemple, l'énoncé suivant A dit à B : « Henri est un homme formidable ». Imaginons que B sache très bien que A n'apprécie pas Henri, alors son énoncé crée une dissonance et l'énoncé pourrait être compris comme ironique. Dans le cas contraire, B aura une représentation erronée de la pensée de A sur Henri.
  • Les maximes de relation : elles se situent à un autre niveau de la communication, à savoir la réflexion sur sa propre manière de communiquer. On parle d'un niveau méta de la communication. "Est-il important que je lui communique cette information ?" " Est-ce que mon propos est sujet à de multiple interprétations ?" Cela va être notamment le cas lorsque le vocabulaire employé possède plusieurs sens sémantiques (par exemple l'opéra, à la fois une pâtisserie, un lieu et un art), ou l'usage d'homophones (exemple : d'avantage / davantage). 
  • Les maximes de manière : elles invitent à anticiper sa communication. Les ordres du jour au sein d'une réunion par exemple permettent de structurer ce temps vers des points précis. La notion d'être bref réfère davantage aux aspects descriptifs qui peuvent desservir un propos.


Les apports de Grice à la linguistique permettent de donner une dimension supplémentaire aux échanges conversationnels, une manière d'en saisir les enjeux, de les rendre moins ambigus. Cependant, à bien y réfléchir, il est possible de pointer quelques limites à ces propositions :

  • Cette codification des échanges conversationnels ne permet pas d'exclure la possibilité de malentendu
  • Une telle codification représente un coût cognitif important engendrant fatigue d'une part et perte de spontanéité d'autre part
  • Le langage est perçu ici dans l'unique intérêt de communiquer des informations

Voilà pour ce qu'il est possible de retenir de cette exploration de la pragmatique en linguistique au service de la communication. Les éléments présentés sont sélectionnés parmi ce vaste champ disciplinaire, il y a bien d'autres auteurs, et les apports exposés ne représentent qu’une partie de leurs travaux. Vous trouverez en bas de l'article d'autres propositions vous permettant d'aller explorer cette discipline.

La semaine prochaine nous ouvrirons un autre chapitre de la communication, axé cette fois-ci sur des courants thérapeutiques, notamment ceux qui ont cours au sein d'Obe (Objectif Bien-être) et qui s'inscrivent dans le cadre d'une communication bienveillante.



Source·s :

theses.univ-lyon2.fr - Accès à l'article source
www.persee.fr - Accès à l'article source

Lien vers article source : https://www.erudit.org/fr/revues/philoso/1986-v13-n2-philoso1294/203327ar.pdf / http://theses.univ-lyon2.fr/documents/getpart.php?id=lyon2.2008.foudon_n&part=145071


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Rédacteur
Lucas DOLLINGER

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