FERMER
Auteur : Lucas D.

Chaque mois, obe (Objectif Bien-être) vous propose une interview, aujourd'hui, nous vous proposons d'aller la rencontre de Luce GALLORO


Au sommaire :

Quel est ton parcours en 3 étapes ?

Je suis art-thérapeute, pour décrire comment j'en suis arrivée là je vais reprendre mon parcours non pas en trois étapes mais selon deux aspects : ma formation théorique et mon cheminement personnel.


La danse est une réelle rencontre dans ma vie un bouleversement. c'est la seule chose qui me permette de décrocher cérébralement. c'est vital pour mon psychisme. encore aujourd'hui, c'est un canal essentiel pour mes émotions et m'aide à traverser et me libérer des événements que je vis

J'ai réalisé un bac TMD (technique de musique et de danse), au lycée Fabert, en lien avec le conservatoire régional de Metz. Suite à ce baccalauréat, j'ai poursuivis avec une licence et un master en danse et Art du Spectacle à Paris VIII, puis un Diplôme Universitaire (DU) à la faculté de médecine et de pharmacie de Poitiers.

En parallèle à mes études théoriques, j'ai réalisé des stages de danse et de théâtre. Etudiante dans l'art à Paris, je me suis nourris de spectacle vivant, j'ai rencontré le monde du cirque lors d'un stage à l'Académie Fratellini, où je devais observer et proposer des exercices de danse auprès de circassiens. Ces approches ont beaucoup nourris ma pratique et mon sens de l'observation.

Sur l'aspect thérapeutique, j'ai déclaré assez tôt une maladie auto-immune mais on ne savait pas laquelle. Tombant rapidement dans l'errance médicale, j'ai fais le choix de tourner le dos à la méthode "classique" médicale et je me suis intéressée au développement personnel. Ce fut un un parcours de cheminement personnel autour de ma santé que j'ai réalisé en Reïki et en Programmation NeuroLingustique (PNL), en accupuncture, en ostéopathie, en yoga et surtout le régime alimentaire. J'ai commencé par le régime Seignalet, puis aujourd'hui je suis le régime du docteur Donatini. 
De fait l'art thérapie s'est imposée assez naturellement à moi quand j'ai compris ce que la danse m'apportais thérapeutiquement en complément de mon parcours en 
développement personnel.  C'est comme cela que j'en suis venu à me dire qu'il pouvait s'agir d'un métier assez passionnant, et puis de fil en aiguille et à force d'en discuter autour de moi j'ai eu des opportunités professionnelles qui se sont présentées. j'ai débuté comme stagiaire au CHS de Fains-Véel, en pédopsychiatrie avec le docteur Eumont, puis de ce stage j'ai pu avoir un CDD et aujourd'hui je travaille au CMPP de Bar-Le-Duc à mi-temps en tant qu'art-thérapeute avec la pédopsychiatre Madame Caille.

En parallèle de cela j'enseigne également l'histoire de la danse au Conservatoire de Nancy, j'ai réalisé pendant quatre ans des ateliers de danse et de théâtre en tant qu'intervenante artistique au Luxembourg, j'ai travaillé également en tant qu'art thérapeute au Centre Socio Culturel de Uckange, j'ai également travaillé auprès d'une classe de CE2 autour de la notion du "respect" à Talange...

Je travaille autour de la danse sous différentes aspects : le soin, l'enseignement, l'artistique. trois approches différentes mais complémentaires.






Tu as rejoint obe en tant qu'intervenant pour accompagner des personnes sur leur parcours de vie, quel est ton/quels sont tes domaines de compétences ?

Ainsi, mon domaine de compétence, c'est l'art-thérapie spécificité danse puisque c'est ma formation première mais je peux utiliser du théâtre, du chant, du conte, du dessin .... En réalité je construis avec l'Autre.  J'accompagne au plus près en composant avec la personne.


Qu'est-ce que c'est ?

Dans le cadre de l'art-thérapie, c'est compliqué pour moi de partir d'un programme, je préfère partir de la rencontre, de l'humain, sinon on risque de tomber dans l'enseignement, la rééducation et c'est pas ça, pour moi, l'art-thérapie. De fait le corps ne ment pas donc à partir de là c'est plus simple pour moi de partir de ce que le corps dit de la personne, c'est pourquoi dans le cadre de l'art-thérapie je mobilise beaucoup le corps comme outil de l'accompagnement thérapeutique


La thérapie par la danse vise à améliorer l’intégration sociale, la dynamique relationnelle, le regard que l’on pose sur son corps, le lien que l’on crée avec celui-ci. Elle travaille sur la posture, la tonicité, le dialogue tonique et postural, l’axialité, le geste, la spatialité, la temporalité, le rapport à l’autre, à soi, la représentation du corps. Par cette forme de thérapie, l’idée générale et qui englobe le tout est de devenir plus conscient et plus présent. Cette thérapie permet de traiter la personne dans son ensemble, corps et esprit. C’est une construction psychique et physique à la fois.

Il ne s’agit pas de rééduquer le corps mais de relation. Permettre à la personne une expressivité et une créativité personnelle. Mettre en lumière l’imagination et la symbolisation. Celui qui danse ne peut se dissocier de sa danse, la poser quelque part et la contempler. Il n’y a pas de résultat à contempler ou à observer. Il y a surtout du ressenti. Car identifier ce que je sens, permet d’identifier ce que je suis. Comme le dit Benoit Lesage, « L’œuvre c’est toi, je suis l’action, le mouvement ».

De ton point de vue, quels bénéfices peuvent obtenir tes « clients » de cette pratique ?

L'art-thérapie pour moi c'est tout un travail qui permet d'être plus conscient et plus présent dans son corps. Ça travaille l'alliance entre la tête, le corps, le cœur et les tripes. Ce n'est pas une idée de rééducation de la personne, c'est l'idée de mettre en avant sa créativité et de là, le travail avec le corps. Dans ce travail là, on n'a pas de recul puisque lorsqu'on travaille avec son corps, on travaille avec son ressenti, avec sa personne contrairement à un dessin par exemple où on peut prendre du recul. 

Ça travaille l'image de soi pour aller vers l'estime de soi. Moi je considère l'art-thérapie comme une pratique où je rends l'autonomie et l'indépendance à la personne, c'est-à-dire que je fais en sorte de ne faire que passer dans sa vie, je ne suis pas censée rester en tant que thérapeute.

Dans le cadre de l'accompagnement de personnes ayant eu une maladie comme le cancer, j'ai l'idée que ce sont des personnes dont le corps est devenu objet, instrument, peut-être même déshumanisé, ainsi l'art-thérapie c'est aussi refaire du corps un corps pensant, un corps sujet.


Je peux compléter en disant que ça va travailler également sur l'ancrage, la confiance, l'abandon de soi (le lâcher-prise), se laisser aller, se laisser tomber. Par exemple avec les enfants et adolescents que j'accompagne, je fais des exercices où on s'amuse à se laisser tomber,  ça travaille beaucoup de choses, c'est très difficile comme exercice surtout lorsqu'il y a le regard de l'autre. Généralement je fais ça en musique et j'ai une règle d'or dans toutes mes séances : les gens ne sont pas venus ici pour se faire mal. Associée à l'autre règle, il est interdit de se moquer des autres, ces deux règles sont mon cadre d'intervention. C'est impressionnant comme la peur du jugement plane énormément dans mes séances de groupe. La peur du jugement souvent liés au réseaux sociaux. Le reste se fait de manière intuitive, instinctive pour moi.  

Peux-tu donner des exemples pratiques pour celles et ceux qui ne connaissent pas du tout ce savoir-faire ?

En l'occurrence, je travaille surtout avec des enfants et des adolescents en individuel comme en collectif (3 à 6 maximum). En collectif, c'est plus exigeant parce que chacun a besoin de s'apprivoiser, de se juger, de se jauger comme on dit, et moi j'essaie d'intervenir le moins possible dans un groupe. Plus je suis en retrait et meilleur c'est, les choses se passent entre eux, et moi je peux observer, laisser les choses se faire ; c'est pour ça que le mot « observation » c'est un mot très important pour moi, c'est en observant que j'ai plein d'outils pour travailler. Je peux aussi travailler en sous-groupe, en binôme, en un face au groupe.
Je suis pleinement présente en observant tout en m'investissant dès que cela devient nécessaire.

Il y a le travail sur la chute, travailler par le chant, par l'ancrage notamment par rapport au sol. Ça peut être également par rapport à la marche, avoir conscience de son pas, de son poids sur le sol, du déséquilibre permanent de ce mouvement. Je travaille aussi beaucoup avec le tissu, occuper l'espace, faire prendre du volume à son corps avec du tissu qu'on étire, la manière d'incarner une émotion, un personnage également. Je travaille aussi avec le regard, dans la manière dont la personne pose son regard sur les choses, sur l'espace qui l'entoure ou bien justement faire disparaître ce regard dans des jeux avec les yeux bandés. En somme, je travaille dans l'ici et maintenant et au fur et à mesure que la confiance se met en place je vais jouer sur tout un tas de variables possibles. 


Je me permets de partager cette citation qui parle d'elle même :

« Je propose de considérer trois intelligences dans l’être : celle de la tête ; celle du cœur ; celle du ventre. Et de les appréhender ensemble, car si elles fonctionnent séparément, on ne sera pas complet : dangereux si ce n’est que la tête, trop émotionnel si seul le cœur est en marche, violent et passionnel si seul le ventre parle. L’un va tempérer l’autre, et faire de la sagesse leur écrin global, et la danse peut contribuer à cette union des trois intelligences en une».
(p 72Poumi Lescaut « Dansez !)

Cet article vous a été utile, vous l'avez apprécié cet :
6 mentions j'aime
Partagez cette publication

Rédacteur
Lucas DOLLINGER