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Lorsqu'on découvre qu'on a un cancer, très vite, on peut se sentir dépossédé de son corps car celui-ci devient objet de soins dans les mains des spécialistes de cette maladie, les oncologues. Tour d’horizon de notre manière d’accompagner les personnes sur ce point lors de nos séjours.


De manière générale, dans le domaine de la santé et des maladies, les connaissances acquises et les recherches actuelles sont extrêmement denses ; il est ainsi peu fréquent pour quelqu'un qui a un cancer d'être un expert de la maladie, rôle des spécialistes et dans notre propos ici des oncologues. Ceux-ci sont dépositaires, de par leur métier et leur études, d'un savoir-faire sur la maladie et ils mettent en place un protocole de soins qui est "imposé" au malade. 

Cela n'empêchera pas celui-ci d'acquérir des connaissances sur sa maladie, cependant, il y a nécessité à s'en remettre à un tiers : cela participe à l'émergence de ce que je vais appeler ici le sentiment d'un corps-objet. L'éthique de la médecine, en France notamment, invite le médecin à se concentrer sur la souffrance du corps d'autant plus s'il y a danger mortel, et  dans le cas du cancer, de la manière la moins invasive possible mais avec tout de même des effets secondaires ;  le corps devient alors objet de soin ou corps-objet de soin. Selon le patient, ce moment pourra être perçu comme plus ou moins long à vivre puisque le temps psychique est différent du temps mesuré.  La psyché suit sa propre temporalité.  

Cette notion de corps-objet est renforcée quand on pense aux modalités de soin face au cancer qui se doivent bien souvent d'avoir lieu dans un délai court pour contrer la progression de la maladie. Par exemple, le parcours de soin peut nécessiter l'intervention d'appareils médicaux comme ceux liés à la radiothérapie. Rentre alors en jeu des contraintes logistiques liées à la disponibilité de ces machines spécifiques qui sont disponibles de manière limitée sur le territoire. 

Ce rythme qui s'impose au patient au gré des soins et des rendez-vous se fait avec des répercussions familiales et personnelles : anniversaire auquel on ne pourra pas se rendre, voyage qu'on ne fera pas, projets contrariés, moments conviviaux ou festifs qui ne seront pas partagés avec ses proches… Sans oublier que dans les conséquences du cancer et de ses traitements s'invite la baisse des défenses immunitaires du patient, ce qui va l'exposer à une plus grande vulnérabilité à d'autres maladies comme par exemple la Covid19 et qui pousse donc à diminuer les activités en collectif. Evénement après évènement, cela peut participer à un sentiment d'être en partie dépossédé de sa liberté d'agir. D'autant plus que lorsque le parcours de soin commence, il est souvent difficile de savoir quand celui-ci va s'arrêter. Cela va dépendre de la nature du cancer et de la manière dont les soins vont être efficaces.  

En conclusion, lorsque le diagnostic est annoncé, les personnes relatent souvent que le temps s'arrête ; le cancer va imposer des soins, va réduire les activités et pour certains le travail, arrêter la plupart des loisirs, avec pour conséquence un isolement social. Ainsi, le corps-objet de soin va parfois être source d'un sentiment d'étrangeté. 

Les séjours post-cancer sont conçus sur 3 ou 5 jours sur le principe de prendre un temps pour soi, pour que la personne puisse à nouveau s'accueillir dans sa globalité, pour permettre d'investir un espace neutre et réajuster  le temps physique et le temps psychique. 

Voici donc une raison de plus de venir prendre le temps, le temps d'un séjour post-cancer !


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Rédacteur
Lucas DOLLINGER